dimanche 6 juin 2010

Les taches

Je viens de renverser mon café sur mon scénario fraîchement imprimé.
J'ai ravalé ma frustration et plus je le regarde, plus je me dis qu'il est beaucoup plus joli ainsi.
Les choses sales sont souvent plus jolies que les choses propres. Les choses sales ont l'air d'avoir du vécu. Les gens trop propres ont peur de se salir et restent assis dans leur salon. Ce sont des gens plates. On se souvient beacuoup plus des fois où l'on s'est sali que des fois où l'on est restés propres. Faut salir ses baskets, faut tacher ses jeans, faut se peter la gueule, faut griffonner des notes dans les livres.

Je regarde la flaque de café depuis tantôt.
Ça doit être signe que je dois retravailler la première version.
En plus, il pleut. Parfait.

samedi 5 juin 2010

Tempête dans un verre d'eau

Je me suis levée un peu amochée de la veille.
Je suis montée en haut, j'ai mangé un pamplemousse (le décapant par excellence), j'ai feuilleté le journal d'hier (je veux habiter Coppenhague) et je me suis planquée dans le salon pour attendre que la vraie vie reprenne possession de mon corps.
Bien enfoncée dans le sofa, j'ai dû observer le verre d'eau posé sur la table devant moi au moins 20 minutes. La veille, j'avais constaté qu'une fourmi se débattait à la surface de l'eau. Elle tentait de s'agripper aux parois du verre, mais impossible ; pas assez de frottement, trop de gravité. Et ce matin, alors qu'elle m'était complètement sortie de la tête, je la retrouve, encore paniquée, essayant tant bien que mal de se sortir de cette prison miniature. Elle y a passé la nuit et moi, je suis benché là, sur mon gros sofa à la regarder s'épuiser. Je me suis relevée lnetement et j'ai versé l'eau dans l'assiette à côté. La fourmi a alors réussi à s'extirper du liquide et s'est échouée sur un des rebords. Je me suis réenfoncée dans le sofa et je l'ai observée à nouveau. Quelques minutes se sont écoulées avant qu'elle ne se remette à remuer. L'exténuation se lisait dans les mouvements ralentis de ses petites pattes. C'est là que le buzz a commencé. Les deux meilleurs buzz que j'ai vécus n'impliquaient aucune substance hallucinogène : le premier s'est passé il y environ 1 an ; j'ai regardé un vidéo sur le Deep Field du téléscope Hubble. Gros gros gros badtrip sur l'énormité inconcevable de l'univers. Le deuxième, eh ben c'était tantôt. Gros gros gros badtrip sur l'humain esclave du temps. La fourmi, c'était l'Homme, l'eau qui s'évaporait, le temps et le verre, les limites de la connaissance humaine.
J'ai comme une pulsion que je retiens depuis une heure ; je me suis duct tapé sur ma chaise pour ne pas aller exploser tous les verres de la maison.
Je veux croire que l'Homme peut tout savoir. Je ne veux pas mourir. Je veux remplir mon verre d'eau à l'infini. J'ai trop soif. Trop soif de temps. Et je suis prête à passer des nuits entières à patauger pour avoir l'impression de le contrôler le moindrement. Juste l'impression. C'mon.

Et j'ai pas faim
Et j'ai le toupet en l'air
Et j'abuse du dernier album de Plants and Animals

jeudi 3 juin 2010

Pop corn, explosions et jokes cochonnes

On s'est fait un sacré festin hier dans la cour, avec mon père, ma mère et deux de leurs amis.
Le vin a coulé a flot, on a veillé tard et ça a tourné en débat philosophique. J'adore quand les soirées tournent comme ça. Pour que tout s'enclenche, il faut plusieurs éléments :
1. Maman qui se met belle / Papa qui se met une pouiche de Giorgio Armani (signifiant que ce n'est pas un souper ordinaire)
2. Maman qui se lance dans la bouffe deux heures d'avance (signifiant que ce ne sera pas le genre de souper que l'on engloutit en 30 minutes)
3. Papa qui monte une rallonge pour la table dans la cour (signifiant qu'on sera plus que trois)
4. Une baguette encore chaude sur le comptoir (signifiant qu'il y aura des fromages après le plat principal, et encore une fois, que le souper s'étalera)
5. La jolie nappe blanche installée sur la table (seulement pour les grandes occasions)
6. Papa qui va fouiller dans ses vieux cds pour nous ressortir son stock de jeune BabyBoomer
7. Maman qui allume des lampions
8. Papa qui monte le son
9. Maman qui hurle de rire
10. Papa qui sort le porto
11. Maman qui devient saoule
12. Un sujet croustillant
Tout ça en place, et c'est gagné. Plus jeune, je fuyais ce genre de soirées et préférais sortir avec mes amis, mais aujourd'hui, je trouve ça très divertissant.
Hier, le débat de fin de soirée tournait autour de la simplicité dans l'art.
Maman défendait le réalisme sentimental avec fougue. Aujourd'hui, on manipule le temps dans l'art. En prenant le cinéma comme exemple, on peut voir que le montage peut complètement transformer une émotion. Avec des ellipses, des césures, des gros plans, des mouvements de caméra, on transforme le moment, mais on perd à la fois le réalisme de l'échange. On veut maximiser l'émotion, pour accoter le film d'action. Mais la lenteur et la simplicité du traitement rend parfois mieux les sentiments humains. Ça, je lui accorde à 100%. À bien y penser, ses courts et longs métrages suivent très bien cette optique. Elle avait beau être saoule, elle était concordante.
Mais c'est une façon de voir les choses. C'est SA démarche. Elle veut rendre mettre l'humain au premier plan, vrai, sincère, à nu. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, les gens consomment l'art comme des sprinteurs. Ils veulent du stock efficace. Du fast-food artistique. Voir des images impressionnantes, ressentir des émotions fortes et recevoir le message tout cuit dans le bec.
Si elle veut continuer de faire des films, elle doit s'adapter au marché.
Le marché du cinéma, c'est bien simple : un cinéma fait une grande partie des profits avec le pop corn (ça coûte aaaarien à produire et ils le vendent à un prix exhorbitant). Le pop corn est principalement consommé par les clients qui vont voir des films à gros budget, populaires et plutôt légers. Les vrais cinéphiles s'en crissent du pop corn. Les vrais cinéphiles sont souvent curieux d'aller voir des fils d'auteurs ou des films étrangers et se sacrent ben de Adam Sandler. Les films d'auteurs/étrangers ne rapportent donc pas, puisque l'audience ne consomme pas de pop corn. Les cinémas ne veulent donc rien savoir des films d'auteurs. Leurs subventions sont donc amoindries, au profit des films qui plaisent à l'ensemble de la population du Québec.
On se fait baiser.
Rien à faire.
Faut-il alors se soumettre et écrire des scénarios contenant des explosions, des jokes cochonnes et Louis-José Houde comme personnage principal?
Ou être fidèle à ses convictions artistiques et risquer de ne rien tourner?
Là est tout le problème de l'artiste qui décide de gagner sa vie avec son art.
On fait de l'art populaire et par conséquent du cash, ou on crève de faim.
Maman a décidé de crever de faim.
Et je l'admire en hostie.
Même avec un verre de trop dans le sang.








lundi 31 mai 2010

Les vacances

J'ai toujours considéré les vacances comme une période d'arrêt, de repos.
En général, on est contents d'être en vacances. On les attend même avec impatience. On ferait tout pour ne pas qu'elles se terminent.
Mais j'ai décidé aujourd'hui que cette définition ne tenait plus la route.
Il faut avoir hâte aux vacances, mais il faut avoir autant hâte aux "pas-vacances", au "retour-au-je-ne-sais-quoi". Sinon, il y a un problème. Il faut aimer assez ce que l'on a choisi de faire pour être capable de dire au revoir à la farniente avec un beau gros smile dans face.
C'était quand même malade, ce trip de char aux States... J'ai la peau pleine de soleil, le bouche pleine de sel, le fond de tête plein de sable, les bras pleins de volleyball, les pieds pleins de soccer et les yeux pleins de fous rires.




vendredi 21 mai 2010

Un peu de sérieux

Les feuilles 8 et 1/2 par 11 sont lisses et bidimentionnelles.
Les fers plats ne leur sont d'aucune utilité. Pour être plus divertissantes, elles doivent serrer la main d'un fer à friser ou encore d'un japonais d'une certaine grandeur qui manipule avec aisance la fibre de bois. L'origami est un choix de vie, pour elles. C'est aussi une drôle d'activité. C'est du bricolage, mais il est interdit de coller quoi que ce soit. La grenouille en papier ne coâsse pas, le corbeau de papier ne croasse pas, mais ils tiennent debout. Rares sont les bricolages qui tiennent debout et rares sont les bricolages qui tiennent leur bout. Voilà pourquoi placer des animaux en origami dans nos chaussettes n'est pas de tout confort. Les animaux en origami ont effectivement des pointes de papier très embêtantes pour la plante de pied - le pied n'est pas un végétal. Il faudrait ne pas les mettre là. Il faudrait les mettre en un endroit autre. En un endroit de race différente. Un endroit, où il fait bon être un animal en origami. Chaque chose à sa place, que la technicienne de laboratoire dit. Tout qui bouge, tout qui change, que la professeure de chimie dit. Elle a fort probablement bu 32mL d'acide chlorhydrique en plus de 250 mL d'absinthe et elle voulait dire rien ne se perd, rien ne se crée. Malgré tout, elle est plus marante avec de l'absinthe dans les théories scientifiques. Il serait très drôle que du riz basmati recouvre son bureau. Qu'elle enseigne les orbitales, et qu'elle se prenne une poignée de temps en temps et la porte à sa bouche. Elle pourrait aussi enseigner les niveaux d'énergie en faisant des culbutes successives. Elle aurait sans doute préalablement repoussé quelques bureaux pour se faire une allée. Sans quoi, elle se cognerait la tête sur les baskets des étudiants. Et tout le monde sait que les étudiants, ça va se mettre les pieds n'importe où. Même dans les plats. J'écris des sottises ce soir, je devrais arrêter et faire don du repos à mon corps de guénille. Mais c'est plus drôle écrire la nuit que le matin. Le matin, les choses sont sérieuses. La Journée a des attentes envers le citoyen sortant du sommeil. Le début des choses est souvent plus sérieux que la fin.
D'ailleurs, si un électro-ménager qui tire à sa fin vous demande de dormir à ses côtés, envoyez-le promener. Rappelez-vous qu'ils sont des objets démunis de toute sensualité. Il est préférable de dormir avec des choses sensuelles. Les courbes sont des choses sensuelles. J'en viens au paroxysme de la conclusion logique : il faut retirer l'animal en papier des mains de l'enfant qui tente de s'endormir puis balancer le grille-pain sur la tête de son papa qui lui chante une jolie chanson, mais qui ne cesse de répéter le refrain puisqu'il ne se souvient plus des couplets. Ou peut-être n'a-t-il pas envie de se forcer. Souvent, les gens ne se forcent pas.

lundi 17 mai 2010

Omnivorace

Voilà, c'est fait.
C'est avec le coeur gros que je quitte pour de bon mon appart et mes colocs de la rue Sainte-Croix.
Malgré tout ce qu'on dit du cégep (que c'est une perte de temps et que les étudiants glandent là trop longtemps), quand tu veux pis que t'es dedans, HOSTIE QUE C'EST LFUN.
Malgré tout, il est maintenant temps de tourner la page... Parce que oui, toute bonne chose a une fin, mais criss, y'en a en sacrament des bonnes choses. Faut juste savoir jumper de l'une à l'autre au bon moment, avant que la bonne chose ne devienne plate. Faut arrêter avant que la dérivée de la courbe du fun ne devienne négative ou même nulle.
J'ai donc maintenant un DEC en sciences de la nature dans ma poche gauche et un DEC en arts plastiques dans ma poche droite.
J'ai toujours été incapable de trancher entre les arts et les sciences. Et je me suis toujours rongé les ongles, les métacarpes, les carpes, le cubitus et je me suis même rendue jusqu'à l'humérus lorsqu'il s'agissait de m'orienter vers l'un ou l'autre. Mission impossible. Je changeais d'idée à chaque jour.
Étrangement, depuis quelques mois, j'ai complètement arrêté de m'en faire avec ça. Ça a permis à mes os de repousser.
J'ai réalisé que je n'avais pas à délaisser l'un pour me consacrer à l'autre. Contrairement à ce que tout le monde pense, c'est complémentaire ces deux affaires-là.
J'ai la certitude que peu importe ce que je vais faire, je vais sortir un peu du contenu de ma poche droite et le mélanger à celui de ma poche gauche et vice versa. En fait, à bien y penser, faudrait que je m'achète cette horreur vestimentaire que sont les pantalons cargos, ce tissus pour jambes muni de trilliards de poches. C'est pas parce que jusqu'à 20 ans, j'ai été fascinée par les arts et les sciences, que je vais me contenter de bouffer juste ça jusqu'à ma mort. Après tout, je suis un homo sapiens. Et les homo sapiens sont omnivores.


ouellet en minuscule

Les titres en wordart, c'est retardé ; les drapeaux des canadiens sur les chars, c'est retardé ; les post-it en forme de coeur, c'est retardé ; les bandes dessinées mangas, c'est retardé ; les faux ongles, c'est retardé ; les téléréalités, c'est retardé ; Harper est retardé ; 96,9 cKoi c'est retardé ; Loto Québec, c'est retardé ; les seedoo, c'est retardé. Mais j'ai jamais rien vu d'aussi retardé que chose ouellet. J'ai même pas envie de lui mettre une lettre majuscule.