lundi 21 juin 2010

Trajet de bus sans iPod

Constats du vendredi 25 juin, dans la 129 Côte-Ste-Catherine, iPod déchargé :

- Le monsieur à ma gauche (ressemblant fort à ce cher Wajdi Mouawad- beaucoup trop de "w" dans ce nom) lisait un document, bien concentré. À chaque phrase, il se tapait sur les cuisses ou soupirait ou fronçait les sourcils. J'adore les lecteurs expressifs.
- Il y avait aussi cette petite dame qui semblait faite en cure-dents. J'ai fermé la fenêtre craignant qu'elle se brise à cause des coups de vents. Le vent peut faire des catastrophes, on le sait bien.
- En face de moi, il y avait ce type bourré de tics. Déjà qu'un tic, ça tape s'é nerfs, 14, ça devient éprouvant pour la patience. Ce monsieur là, juste pour s'installer dans le but de lire son journal a dû passer sa main dans ses cheveux 15 fois, arranger le pli de son journal 10 fois, croiser puis décroiser ses jambes 5 fois, se râcler la gorge 12 fois, remuer son nez 30 fois, replacer son sac à ses pieds 8 fois et arranger ses lunettes une bonne vingtaine de fois. J'ai la fâcheuse habitude d'être incapable d'ignorer ce qui me tombe sur les nerfs. Je reste complètement boggée, incapable de passer à autre chose. J'ai donc passé une bonne dizaine de minutes à l'observer, probablement avec une expression pas trop chaleureuse dans la face, et en m'efforçant de ne pas pitcher son christie de journal par la fenêtre. Il a fini par sortir au coin de Mont-Royal et j'ai la certitude que pendant tout ce temps, il n'a sans doute lu que le gros titre de son article.
- Et enfin, il y avait ce mec. Je le croise toujours dans la 129. Quarantaine, yeux pâles, teint foncé. Criss. Jamais rien vu d'aussi sexy. À rester assis sur le banc, il est sexy. Et quand il lève les yeux pour regarder par la fenêtre, en fronçant légèrement le sourcil gauche... Fuck men. Impossible. Aujourd'hui, il bloquait l'accès à un siège au fond. Une dame voulait aller s'asseoir. Il ne l'avait pas vue. Lorsqu'elle l'a accosté pour passer, il s'est excusé et lui a souri. Il lui a souri. Fuck men fuck men fuck men. Paroxysme du sexyisme. Je l'aurais bouffé. Heureusement que j'avais des lunettes de soleil. Haha. Alors que je ne comprenais pas comment cela pouvait être possible, il sonne l'osti de cloche gossante pour descendre. Bing bang, la fille se réveille : C'est MON arrêt. Je confirme que sa démarche est aussi sexy que tout le reste.

On apprend autant dans un autobus que dans un cours d'anthropologie. Faut juste faire l'effort de délaisser son iPod, l'instant d'un trajet. Ça vaut vraiment la peine. Observer. On fait pas assez ça.

dimanche 20 juin 2010

Trois neurones

- C'est vraiment beau, hein, cte... heu... cte... ben ... la ... la haie ! C'est très beau.
- Ayoye. Ça s'est beaucoup amélioré ici, hein? La ... la haie là ! Wow. C'est vraiment beau, avec la haie.
- C'est très beau votre haie. Vraiment là, le heu... le... le jardin, c'est ça, le jardin... c'est vraiment beau, avec la grosse haie.
- As-tu fini l'école là, toi ?
- Pis, heu... toi... l'école est finie là, hein ?
- T'as fini l'école, toi là, c'est ça ?
- As-tu de l'école demain ?

...

La fête des pères... Avec grand-papa. Très sénile grand-papa. 3 neurones il a, le grand-papa. Fort agréable. Tous les soirs s'il-vous-plaît.


C'est tellement triste de régresser en vieillissant. C'est pas juste. Pourquoi ne devient-on pas tous de sages érudits lucides? Ça serait ben plus cool. La vie, ça devrait être comme l'animation : on arrête le jeu lorsque la courbe est à son peak. Sinon, à quoi ça sert, merde? Est-ce que ça vaut vraiment la peine de continuer à vivre pour avoir trois réflexions sur repeat toute la putain de journée?

Mes vingt ans goûtent très bon. Ce soir particulièrement.



dimanche 13 juin 2010

Processus et point final

Le résultat. Est-ce qu'on peut oublier un instant le résultat, s'il-vous-plaît, madame la Reine.
Ça peut tu pas être important, s'il-vous-plaît. Pour obtenir ce que l'on veut, il faut dire s'il-vous-plaît. Alors je le crie à vous en bouziller les tympans, madame : S'IL-VOUS-PLAÎT !
Le processus. Tout repose là-dessus. Une mouche se pose sur la jointure de mon auriculaire, la jointure repose sur le processus. Faut miser sur le processus. Les gamblers meurent jeunes. Les jeunes ont accumulé peu d'âge dans leurs boxers. L'âge ne s'accumule pas dans les boxers, mais bien dans les rides. Les esthéticiennes le disent. Elles nous badigeonnent la face de crèmes. Des crèmes pour ci, des crèmes contre ça. Des crèmes qui protègent, des crèmes qui préviennent, des crèmes qui hydratent, des crèmes qui nettoient, des crèmes qui assouplissent. Une couche, une autre, puis une autre. Ça devient tellement lourd qu'on en perd la tête.
Le processus, c'est tout. Si on arrivait à un résultat sans avoir vécu le processus, la satisfaction n'existerait pas. Et je veux qu'elle existe, s'il-vous-plaît. Je ne sais plus très bien si je m'adresse encore à cette Reine. De toute façon, qui c'est, elle ? Tiens, c'est décidé, je ne lui adresse même plus la parole. Je vais plutôt parler à Carole. Quel horrible prénom. Faudrait mettre du liquid paper là-dessus.
Faut pas, faut pas, faut pas. Faut pas avoir hâte de finir un truc pour obtenir le résultat. Le résultat, c'est souvent une friandise. Et les friandises, ça fond dans la bouche. Comme le foie de veau. Mais c'est différent.
Vivre le processus. S'en badigeonner la face. À en perdre la tête. Mais je sais qu'une sorte de scotch tape existe pour les gens qui perdent la tête. Un scotch tape sous forme de comprimés.
Un résultat, c'est un point final. C'est mal les points finaux. Faut que les projets évoluent sans cesse. Faut pas les ranger dans des boîtes, ni les considérer aboutis. Les relations, les créations, les idées. Faut pas.
Vivre le résultat, c'est comme Dolan qui s'exclame que la gang de Cannes est devenue sa famille. Criss. Ta gueule. T'es ben cute pis t'as du talent à en revendre sur le marché noir, mais ta gueule. Vis le processus, s'il-te-plaît. Madame la Reine, Carole, Xavier.
Voyez, mes cher amis, j'ai éprouvé un grand plaisir à écrire ce billet. Le processus fut agréable et surprenant, d'autant plus que The Black Keys jouait très fort tout au long de sa création et qu'un café chaud fumait à ma gauche. J'en garderai un doux souvenir. Parallèlement, je considère le résultat intéressant. Mais je ne le relirai jamais.
Madame la Reine, Carole, Xavier, restez debout et avancez. Il existe de très bons souliers de marche pour cela. Et pas sous la forme de comprimés, cette fois.

dimanche 6 juin 2010

Les taches

Je viens de renverser mon café sur mon scénario fraîchement imprimé.
J'ai ravalé ma frustration et plus je le regarde, plus je me dis qu'il est beaucoup plus joli ainsi.
Les choses sales sont souvent plus jolies que les choses propres. Les choses sales ont l'air d'avoir du vécu. Les gens trop propres ont peur de se salir et restent assis dans leur salon. Ce sont des gens plates. On se souvient beacuoup plus des fois où l'on s'est sali que des fois où l'on est restés propres. Faut salir ses baskets, faut tacher ses jeans, faut se peter la gueule, faut griffonner des notes dans les livres.

Je regarde la flaque de café depuis tantôt.
Ça doit être signe que je dois retravailler la première version.
En plus, il pleut. Parfait.

samedi 5 juin 2010

Tempête dans un verre d'eau

Je me suis levée un peu amochée de la veille.
Je suis montée en haut, j'ai mangé un pamplemousse (le décapant par excellence), j'ai feuilleté le journal d'hier (je veux habiter Coppenhague) et je me suis planquée dans le salon pour attendre que la vraie vie reprenne possession de mon corps.
Bien enfoncée dans le sofa, j'ai dû observer le verre d'eau posé sur la table devant moi au moins 20 minutes. La veille, j'avais constaté qu'une fourmi se débattait à la surface de l'eau. Elle tentait de s'agripper aux parois du verre, mais impossible ; pas assez de frottement, trop de gravité. Et ce matin, alors qu'elle m'était complètement sortie de la tête, je la retrouve, encore paniquée, essayant tant bien que mal de se sortir de cette prison miniature. Elle y a passé la nuit et moi, je suis benché là, sur mon gros sofa à la regarder s'épuiser. Je me suis relevée lnetement et j'ai versé l'eau dans l'assiette à côté. La fourmi a alors réussi à s'extirper du liquide et s'est échouée sur un des rebords. Je me suis réenfoncée dans le sofa et je l'ai observée à nouveau. Quelques minutes se sont écoulées avant qu'elle ne se remette à remuer. L'exténuation se lisait dans les mouvements ralentis de ses petites pattes. C'est là que le buzz a commencé. Les deux meilleurs buzz que j'ai vécus n'impliquaient aucune substance hallucinogène : le premier s'est passé il y environ 1 an ; j'ai regardé un vidéo sur le Deep Field du téléscope Hubble. Gros gros gros badtrip sur l'énormité inconcevable de l'univers. Le deuxième, eh ben c'était tantôt. Gros gros gros badtrip sur l'humain esclave du temps. La fourmi, c'était l'Homme, l'eau qui s'évaporait, le temps et le verre, les limites de la connaissance humaine.
J'ai comme une pulsion que je retiens depuis une heure ; je me suis duct tapé sur ma chaise pour ne pas aller exploser tous les verres de la maison.
Je veux croire que l'Homme peut tout savoir. Je ne veux pas mourir. Je veux remplir mon verre d'eau à l'infini. J'ai trop soif. Trop soif de temps. Et je suis prête à passer des nuits entières à patauger pour avoir l'impression de le contrôler le moindrement. Juste l'impression. C'mon.

Et j'ai pas faim
Et j'ai le toupet en l'air
Et j'abuse du dernier album de Plants and Animals

jeudi 3 juin 2010

Pop corn, explosions et jokes cochonnes

On s'est fait un sacré festin hier dans la cour, avec mon père, ma mère et deux de leurs amis.
Le vin a coulé a flot, on a veillé tard et ça a tourné en débat philosophique. J'adore quand les soirées tournent comme ça. Pour que tout s'enclenche, il faut plusieurs éléments :
1. Maman qui se met belle / Papa qui se met une pouiche de Giorgio Armani (signifiant que ce n'est pas un souper ordinaire)
2. Maman qui se lance dans la bouffe deux heures d'avance (signifiant que ce ne sera pas le genre de souper que l'on engloutit en 30 minutes)
3. Papa qui monte une rallonge pour la table dans la cour (signifiant qu'on sera plus que trois)
4. Une baguette encore chaude sur le comptoir (signifiant qu'il y aura des fromages après le plat principal, et encore une fois, que le souper s'étalera)
5. La jolie nappe blanche installée sur la table (seulement pour les grandes occasions)
6. Papa qui va fouiller dans ses vieux cds pour nous ressortir son stock de jeune BabyBoomer
7. Maman qui allume des lampions
8. Papa qui monte le son
9. Maman qui hurle de rire
10. Papa qui sort le porto
11. Maman qui devient saoule
12. Un sujet croustillant
Tout ça en place, et c'est gagné. Plus jeune, je fuyais ce genre de soirées et préférais sortir avec mes amis, mais aujourd'hui, je trouve ça très divertissant.
Hier, le débat de fin de soirée tournait autour de la simplicité dans l'art.
Maman défendait le réalisme sentimental avec fougue. Aujourd'hui, on manipule le temps dans l'art. En prenant le cinéma comme exemple, on peut voir que le montage peut complètement transformer une émotion. Avec des ellipses, des césures, des gros plans, des mouvements de caméra, on transforme le moment, mais on perd à la fois le réalisme de l'échange. On veut maximiser l'émotion, pour accoter le film d'action. Mais la lenteur et la simplicité du traitement rend parfois mieux les sentiments humains. Ça, je lui accorde à 100%. À bien y penser, ses courts et longs métrages suivent très bien cette optique. Elle avait beau être saoule, elle était concordante.
Mais c'est une façon de voir les choses. C'est SA démarche. Elle veut rendre mettre l'humain au premier plan, vrai, sincère, à nu. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, les gens consomment l'art comme des sprinteurs. Ils veulent du stock efficace. Du fast-food artistique. Voir des images impressionnantes, ressentir des émotions fortes et recevoir le message tout cuit dans le bec.
Si elle veut continuer de faire des films, elle doit s'adapter au marché.
Le marché du cinéma, c'est bien simple : un cinéma fait une grande partie des profits avec le pop corn (ça coûte aaaarien à produire et ils le vendent à un prix exhorbitant). Le pop corn est principalement consommé par les clients qui vont voir des films à gros budget, populaires et plutôt légers. Les vrais cinéphiles s'en crissent du pop corn. Les vrais cinéphiles sont souvent curieux d'aller voir des fils d'auteurs ou des films étrangers et se sacrent ben de Adam Sandler. Les films d'auteurs/étrangers ne rapportent donc pas, puisque l'audience ne consomme pas de pop corn. Les cinémas ne veulent donc rien savoir des films d'auteurs. Leurs subventions sont donc amoindries, au profit des films qui plaisent à l'ensemble de la population du Québec.
On se fait baiser.
Rien à faire.
Faut-il alors se soumettre et écrire des scénarios contenant des explosions, des jokes cochonnes et Louis-José Houde comme personnage principal?
Ou être fidèle à ses convictions artistiques et risquer de ne rien tourner?
Là est tout le problème de l'artiste qui décide de gagner sa vie avec son art.
On fait de l'art populaire et par conséquent du cash, ou on crève de faim.
Maman a décidé de crever de faim.
Et je l'admire en hostie.
Même avec un verre de trop dans le sang.