Mon vélo gémit depuis quelques jours. Ça me fend le coeur de le voir ainsi souffrir.
J'ai décidé de lui faire grâce de sortie, en le laissant reprendre des forces à la maison. Je l'ai nourri au bouillon de poulet et à la vitamine C, je l'ai bordé et lui ai souhaité un prompt rétablissement.
Durant ce temps, j'ai chevauché le bolide de ma mère. Qui a contracté une crevaison hier.
Je l'ai ramenée à bon port, en marchant à ses côtés, la larme à l'oeil et l'âme en peine.
Il a rejoint son compagnon blessé en expirant ses derniers centimètres cubes d'air.
Je me suis assise à leur chevet, j'ai éteint les lumières et j'ai espéré qu'ils s'en sortent.
Ce matin, pleine d'espoir, je cours retrouver les mourants et constate, avec la plus profonde tristesse qu'ils sont dans le même état critique.
Je suis maintenant dépourvue.
Les vélos sont des êtres en perte d'autonomie. Ils ont besoin de notre aide, de notre support, de notre amour.
En ravalant ma mélancolie, je suis descendue au sous-sol pour m'emparer de la trousse de chirurgien.
J'ai couché mon vélo sur le dos, je l'ai tâté, je lui ai jeté un dernier regard attendri et je me suis lancée.
Me voilà maintenant en sueurs, le toupet en l'air, les mains noires et graisseuses.
Mon vélo git toujours à mes côtés, branché sur le respirateur artificiel.
Je me vois donc dans l'obligation de considérer la dernière option : le transfert vers le privé.
