dimanche 25 juillet 2010

Une chambre à air et son dernier souffle

Mon vélo gémit depuis quelques jours. Ça me fend le coeur de le voir ainsi souffrir.
J'ai décidé de lui faire grâce de sortie, en le laissant reprendre des forces à la maison. Je l'ai nourri au bouillon de poulet et à la vitamine C, je l'ai bordé et lui ai souhaité un prompt rétablissement.
Durant ce temps, j'ai chevauché le bolide de ma mère. Qui a contracté une crevaison hier.
Je l'ai ramenée à bon port, en marchant à ses côtés, la larme à l'oeil et l'âme en peine.
Il a rejoint son compagnon blessé en expirant ses derniers centimètres cubes d'air.
Je me suis assise à leur chevet, j'ai éteint les lumières et j'ai espéré qu'ils s'en sortent.

Ce matin, pleine d'espoir, je cours retrouver les mourants et constate, avec la plus profonde tristesse qu'ils sont dans le même état critique.

Je suis maintenant dépourvue.

Les vélos sont des êtres en perte d'autonomie. Ils ont besoin de notre aide, de notre support, de notre amour.

En ravalant ma mélancolie, je suis descendue au sous-sol pour m'emparer de la trousse de chirurgien.
J'ai couché mon vélo sur le dos, je l'ai tâté, je lui ai jeté un dernier regard attendri et je me suis lancée.

Me voilà maintenant en sueurs, le toupet en l'air, les mains noires et graisseuses.
Mon vélo git toujours à mes côtés, branché sur le respirateur artificiel.

Je me vois donc dans l'obligation de considérer la dernière option : le transfert vers le privé.

mercredi 21 juillet 2010

Rigoler un brocoli

Ce soir, j'avais envie de prendre un bain et de ne manger que du brocoli.
Je n'avais pas du tout envie d'aller voir un spectacle d'humour.
Je n'aime pas les humoristes.
J'en viens à avoir mal aux muscles des sourcils à force de les froncer durant leurs prestations.
Rien de moins drôle qu'une blague répétée des centaines de fois afin que le tabarnack soit placé à l'endroit qui punch le plus.
Tant qu'à faire, lisez le derrière des boîtes de céréales ou ben les ingrédients de la soupe Lipton poulet et nouilles, pis ça va faire pareil.
Selon moi, on peut être plate de nature, ou ben drôle de nature. Si on met les gens drôles sur une scène, ils deviennent insignifiants. Les plates, eux, font les shows les plus intéressants.
Pis, criss. J'aime ben mieux avoir mal aux joues parce que j'ai passé une soirée trippante avec mes potes que parce que je me suis forcée à rire en même temps que tout le monde, aux moments clés du show, là où l'humoriste s'arrête, attendant de récolter ce que son public obnubilé lui doit.
Pis câlice. C'est ben trop un trip d'égocentriques, que d'être humoriste.
Pis c'est même pas de l'art.
C'est du divertissement.
Pour des gens de moins en moins capables d'apprécier la beauté toute simple des choses jolies.
Pour des gens qui veulent du plaisir instantané, facile, décompressant.


Je ne me suis donc pas allée voir de spectacle d'humour et j'ai mangé tout un brocoli.

La vie est bien faite.


lundi 12 juillet 2010

Les somnifères

Je n'ai pas écrit depuis un certain temps. Ce doit être parce que tout est tellement plus excitant. Ma tête est occupée avec des choses excitantes. Je préfère ma tête quand elle se comporte ainsi. Pas besoin de lui couper les ongles, elle carbure à 200 miles à l'heure. Je n'ai pourtant pas découvert de nouvelles substances et je ne suis pas en amour. C'est simplement que j'ai l'impression de tenir ma télécommande avec des gants anti-dérapants, le tout duct tapé à triple tour, avec un cadenas en stainless et velours-léopard. Il me faudrait cette impression 365 jours/année.
Même le jour de l'Halloween.
Le 31 octobre, il faut aller sonner chez les voisins pour qu'ils nous fassent peur et qu'ils nous donnent un sac de carries. Il serait préférable d'avoir des weekends de trois jours que de s'exciter pour cette fête. De toute manière, les sorcières n'existent pas et les citrouilles n'ont pas de dents. Les fêtes, c'est pour ceux qui s'ennuient. Pour ceux qui ont envie de célébrer et qui ne sont pas capables de s'inventer des raisons de fêter. On devrait leur donner un chapeau de fête coloré et leur dire "veuillez avancer vers l'arrière afin de céder le passage aux nouveaux usagers de l'autous". C'est plus sain et en plus, ça donne meilleure haleine.
J'ai envie d'écrire des niaiseries toute la nuit, de me déguiser en Gandhi, d'apprendre une phrase du Coran et d'en faire le hit rock de l'été. J'ai envie de faire le Tour de France en trottinette, de m'acheter une robe d'un grand designer, d'inventer une nouvelle recette de pâté chinois et de m'inviter dans une soirée à la SilverFactory.
Mais j'ai besoin de dormir. J'oublie toujours de faire cette chose.
C'est pour cela que tout est tellement plus excitant.
Pas besoin de revitalisant pour les cheveux épais pour dormir ni de iPod touch. Même pas besoin d'un passeport canadien pour dormir. Pas besoin de régime de retraite, pas besoin de savoir chanter. Pas besoin d'aller faire une visite à grand-maman. Pas besoin de sourire, ni de dire merci. Pas besoin d'avoir une belle carrière. Pas besoin d'aider, de donner, de se vouer à une cause. Pas besoin de comprendre. Pas besoin de se connaître. Pas besoin de s'épanouir. Pas besoin de rencontrer l'âme soeur. Pas besoin de réussir. Même pas besoin d'être heureux.
Et il y a les somnifères.
Les somnifères, c'est pour les plus coriaces.