jeudi 3 juin 2010

Pop corn, explosions et jokes cochonnes

On s'est fait un sacré festin hier dans la cour, avec mon père, ma mère et deux de leurs amis.
Le vin a coulé a flot, on a veillé tard et ça a tourné en débat philosophique. J'adore quand les soirées tournent comme ça. Pour que tout s'enclenche, il faut plusieurs éléments :
1. Maman qui se met belle / Papa qui se met une pouiche de Giorgio Armani (signifiant que ce n'est pas un souper ordinaire)
2. Maman qui se lance dans la bouffe deux heures d'avance (signifiant que ce ne sera pas le genre de souper que l'on engloutit en 30 minutes)
3. Papa qui monte une rallonge pour la table dans la cour (signifiant qu'on sera plus que trois)
4. Une baguette encore chaude sur le comptoir (signifiant qu'il y aura des fromages après le plat principal, et encore une fois, que le souper s'étalera)
5. La jolie nappe blanche installée sur la table (seulement pour les grandes occasions)
6. Papa qui va fouiller dans ses vieux cds pour nous ressortir son stock de jeune BabyBoomer
7. Maman qui allume des lampions
8. Papa qui monte le son
9. Maman qui hurle de rire
10. Papa qui sort le porto
11. Maman qui devient saoule
12. Un sujet croustillant
Tout ça en place, et c'est gagné. Plus jeune, je fuyais ce genre de soirées et préférais sortir avec mes amis, mais aujourd'hui, je trouve ça très divertissant.
Hier, le débat de fin de soirée tournait autour de la simplicité dans l'art.
Maman défendait le réalisme sentimental avec fougue. Aujourd'hui, on manipule le temps dans l'art. En prenant le cinéma comme exemple, on peut voir que le montage peut complètement transformer une émotion. Avec des ellipses, des césures, des gros plans, des mouvements de caméra, on transforme le moment, mais on perd à la fois le réalisme de l'échange. On veut maximiser l'émotion, pour accoter le film d'action. Mais la lenteur et la simplicité du traitement rend parfois mieux les sentiments humains. Ça, je lui accorde à 100%. À bien y penser, ses courts et longs métrages suivent très bien cette optique. Elle avait beau être saoule, elle était concordante.
Mais c'est une façon de voir les choses. C'est SA démarche. Elle veut rendre mettre l'humain au premier plan, vrai, sincère, à nu. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, les gens consomment l'art comme des sprinteurs. Ils veulent du stock efficace. Du fast-food artistique. Voir des images impressionnantes, ressentir des émotions fortes et recevoir le message tout cuit dans le bec.
Si elle veut continuer de faire des films, elle doit s'adapter au marché.
Le marché du cinéma, c'est bien simple : un cinéma fait une grande partie des profits avec le pop corn (ça coûte aaaarien à produire et ils le vendent à un prix exhorbitant). Le pop corn est principalement consommé par les clients qui vont voir des films à gros budget, populaires et plutôt légers. Les vrais cinéphiles s'en crissent du pop corn. Les vrais cinéphiles sont souvent curieux d'aller voir des fils d'auteurs ou des films étrangers et se sacrent ben de Adam Sandler. Les films d'auteurs/étrangers ne rapportent donc pas, puisque l'audience ne consomme pas de pop corn. Les cinémas ne veulent donc rien savoir des films d'auteurs. Leurs subventions sont donc amoindries, au profit des films qui plaisent à l'ensemble de la population du Québec.
On se fait baiser.
Rien à faire.
Faut-il alors se soumettre et écrire des scénarios contenant des explosions, des jokes cochonnes et Louis-José Houde comme personnage principal?
Ou être fidèle à ses convictions artistiques et risquer de ne rien tourner?
Là est tout le problème de l'artiste qui décide de gagner sa vie avec son art.
On fait de l'art populaire et par conséquent du cash, ou on crève de faim.
Maman a décidé de crever de faim.
Et je l'admire en hostie.
Même avec un verre de trop dans le sang.








1 commentaire:

  1. Et avec des textes comme ça, tu démontres un autre talent artistique. J'arrive pas à croire que tu as réussi tes sciences en plus.

    Bravo.

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