Je me suis levée un peu amochée de la veille.
Je suis montée en haut, j'ai mangé un pamplemousse (le décapant par excellence), j'ai feuilleté le journal d'hier (je veux habiter Coppenhague) et je me suis planquée dans le salon pour attendre que la vraie vie reprenne possession de mon corps.
Bien enfoncée dans le sofa, j'ai dû observer le verre d'eau posé sur la table devant moi au moins 20 minutes. La veille, j'avais constaté qu'une fourmi se débattait à la surface de l'eau. Elle tentait de s'agripper aux parois du verre, mais impossible ; pas assez de frottement, trop de gravité. Et ce matin, alors qu'elle m'était complètement sortie de la tête, je la retrouve, encore paniquée, essayant tant bien que mal de se sortir de cette prison miniature. Elle y a passé la nuit et moi, je suis benché là, sur mon gros sofa à la regarder s'épuiser. Je me suis relevée lnetement et j'ai versé l'eau dans l'assiette à côté. La fourmi a alors réussi à s'extirper du liquide et s'est échouée sur un des rebords. Je me suis réenfoncée dans le sofa et je l'ai observée à nouveau. Quelques minutes se sont écoulées avant qu'elle ne se remette à remuer. L'exténuation se lisait dans les mouvements ralentis de ses petites pattes. C'est là que le buzz a commencé. Les deux meilleurs buzz que j'ai vécus n'impliquaient aucune substance hallucinogène : le premier s'est passé il y environ 1 an ; j'ai regardé un vidéo sur le Deep Field du téléscope Hubble. Gros gros gros badtrip sur l'énormité inconcevable de l'univers. Le deuxième, eh ben c'était tantôt. Gros gros gros badtrip sur l'humain esclave du temps. La fourmi, c'était l'Homme, l'eau qui s'évaporait, le temps et le verre, les limites de la connaissance humaine.
J'ai comme une pulsion que je retiens depuis une heure ; je me suis duct tapé sur ma chaise pour ne pas aller exploser tous les verres de la maison.
Je veux croire que l'Homme peut tout savoir. Je ne veux pas mourir. Je veux remplir mon verre d'eau à l'infini. J'ai trop soif. Trop soif de temps. Et je suis prête à passer des nuits entières à patauger pour avoir l'impression de le contrôler le moindrement. Juste l'impression. C'mon.
Et j'ai pas faim
Et j'ai le toupet en l'air
Et j'abuse du dernier album de Plants and Animals

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