vendredi 21 mai 2010

Un peu de sérieux

Les feuilles 8 et 1/2 par 11 sont lisses et bidimentionnelles.
Les fers plats ne leur sont d'aucune utilité. Pour être plus divertissantes, elles doivent serrer la main d'un fer à friser ou encore d'un japonais d'une certaine grandeur qui manipule avec aisance la fibre de bois. L'origami est un choix de vie, pour elles. C'est aussi une drôle d'activité. C'est du bricolage, mais il est interdit de coller quoi que ce soit. La grenouille en papier ne coâsse pas, le corbeau de papier ne croasse pas, mais ils tiennent debout. Rares sont les bricolages qui tiennent debout et rares sont les bricolages qui tiennent leur bout. Voilà pourquoi placer des animaux en origami dans nos chaussettes n'est pas de tout confort. Les animaux en origami ont effectivement des pointes de papier très embêtantes pour la plante de pied - le pied n'est pas un végétal. Il faudrait ne pas les mettre là. Il faudrait les mettre en un endroit autre. En un endroit de race différente. Un endroit, où il fait bon être un animal en origami. Chaque chose à sa place, que la technicienne de laboratoire dit. Tout qui bouge, tout qui change, que la professeure de chimie dit. Elle a fort probablement bu 32mL d'acide chlorhydrique en plus de 250 mL d'absinthe et elle voulait dire rien ne se perd, rien ne se crée. Malgré tout, elle est plus marante avec de l'absinthe dans les théories scientifiques. Il serait très drôle que du riz basmati recouvre son bureau. Qu'elle enseigne les orbitales, et qu'elle se prenne une poignée de temps en temps et la porte à sa bouche. Elle pourrait aussi enseigner les niveaux d'énergie en faisant des culbutes successives. Elle aurait sans doute préalablement repoussé quelques bureaux pour se faire une allée. Sans quoi, elle se cognerait la tête sur les baskets des étudiants. Et tout le monde sait que les étudiants, ça va se mettre les pieds n'importe où. Même dans les plats. J'écris des sottises ce soir, je devrais arrêter et faire don du repos à mon corps de guénille. Mais c'est plus drôle écrire la nuit que le matin. Le matin, les choses sont sérieuses. La Journée a des attentes envers le citoyen sortant du sommeil. Le début des choses est souvent plus sérieux que la fin.
D'ailleurs, si un électro-ménager qui tire à sa fin vous demande de dormir à ses côtés, envoyez-le promener. Rappelez-vous qu'ils sont des objets démunis de toute sensualité. Il est préférable de dormir avec des choses sensuelles. Les courbes sont des choses sensuelles. J'en viens au paroxysme de la conclusion logique : il faut retirer l'animal en papier des mains de l'enfant qui tente de s'endormir puis balancer le grille-pain sur la tête de son papa qui lui chante une jolie chanson, mais qui ne cesse de répéter le refrain puisqu'il ne se souvient plus des couplets. Ou peut-être n'a-t-il pas envie de se forcer. Souvent, les gens ne se forcent pas.

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