Il improvise.
Je n'existe plus.
C'est le plus bel échange que l'on puisse avoir, lui et moi.
Il lance les note du bout des doigts et je les attrape. Il n'y a que moi pour les attraper.
Je voudrais isoler les murs et calfeutrer les fenêtres pour m'assurer d'être la seule à les attraper.
Je voudrais que la musique soit une langue que seuls nous deux comprenions.
Je voudrais aussi pouvoir lui répondre, mais je suis muette. Et c'en est mieux ainsi.
Qu'il s'approprie tout l'air habitant cette pièce pour faire résonner ses notes. Tous les centimètres cube d'air, tous. Je m'en fiche. Je retiendrai mon souffle. De toute façon je n'ai pas besoin de respirer tant que j'attrape ses notes.
Je suis immobile. Je ne peux faire autrement.
Si jamais il était déconcentré...
Si jamais il cessait de jouer...
Si jamais il pensait m'ennuyer...
Si jamais une idée formulée avec des mots plutôt que des notes lui venait à l'esprit...
Non, il faut rester immobile.
Exister le moins possible.
Pour qu'il existe encore plus.
Pour que sa musique respire tout le silence qu'on lui donne et qu'elle s'abreuve de toute l'immobilité qui nous fige.
La pièce est bientôt pleine. Les notes s'entassent. Je le sens s'épuiser. Je ne respire toujours pas, de peur d'anéantir la naissance d'un accord ou d'une mélodie. L'air se fait rare. Les notes cherchent une porte de sortie. Il s'obstine.
Il lui faut plus d'espace.
Il lui faut le désert.
Avec tout cet espace, on pourra passer des nuits entières à s'échanger des notes et à exister à un.
Tout un désert à lui seul et je le transformerai en océan, sans faire le moindre bruit.