Je parlais avec un gars hier.
Il me disait que la musique populaire abrutissait les gens. Que l'on s'habituait au "facile" du bon beat et de la bonne mélodie et que ça restreignait notre réceptivité aux différents genres. Qu'elle nivelait vers le bas l'appréciation de la "vraie musique". Et moi de lui demander quelle était selon lui cette "vraie musique". Et lui de me répondre : " Voyons Odile, celle qui offre le plus de possibilités : la musique classique !".
Alors que je n'étais en accord avec aucun des premiers points qu'il soulevait, j'ai été charmée par le concept de possibilités multiples.
J'ai terminé ma réflexion sur le chemin du retour de cette soirée particulière, à 4h du matin, dans les rues désertes d'un Montréal crispé par le vent et la neige. Ce Montréal-là, il me plaît autant que le Montréal agité des chaudes soirées festivalesques d'été. C'est son petit côté grognon. J'adore le silence de Montréal à 4h du matin. Cette heure suspendue entre deux, qui succède le moment où les pitounes au teint orange quittent les clubs et qui précède le lever de René Homier-Roy. C'est l'heure transitoire par excellence.
J'en étais donc à reconsidérer cette histoire de possibilités multiples.
Est-ce que la liberté qu'offre un domaine/courant artistique le rend supérieur à un autre ?
Si je recontextualise, ce serait comme dire que la sculpture est un art plus "vrai" que la peinture parce que le sculpteur peut s'approprier les trois dimensions de l'espace alors que le peintre est restreint par la deuxième dimension.
Je pense que les contraintes en art ne sont pas à proscrire au nom de l'expressivité. Sans contrainte, on atteindrait un chaos insipide. La tendance actuelle qui dicte que l'artiste doit sortir son jus, sans censure, sans nécessairement de structure ni de démarche pour ne pas brimer l'expression est selon moi complètement absurde. Cet acte libérateur a sans aucun doute sa raison d'être, mais je le classerais davantage dans la section "psychologie de l'épanouissement, du développement personnel et de la conscience individuelle" que dans celle de l'Art.
Il faut distinguer besoin d'expression et création artistique.
La création artistique sous-entend selon moi une démarche quelconque. Or, je soutiens que cette fameuse démarche doit transparaître au travers de l'oeuvre. De cette manière, l'oeuvre est habitée par l'artiste. La couleur, le pierre, le corps ne sont plus que matière manipulée, mais bien matière appropriée. Il faut une sensibilité particulière pour être capable de transposer une idée, une impression ou un sentiment à travers un médium extérieur, que ce soit le corps du danseur, le pinceau du peintre ou l'instrument du musicien. C'est cette sensibilité qui fait d'un créateur, un artiste.
En fait, l'Art, c'est de la traduction.
Plus les possibilités concrètes sont multiples, plus la complexité de la pensée peut être traduite de manière authentique.
Alors, Greg, je me rends.
Je ne sais pas pourquoi il me vient à l'esprit de partir sur des idées de même alors que j'ai une semaine de malade mental qui s'en vient, bien gorgée d'examens et de projets à remettre...

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