lundi 2 août 2010

The Suburbs & moi

Ce matin, alors que je tentais désespérément de me mettre en fonction "éveil" et de me convaincre que j'étais sobre, j'ai entendu les pas du facteur dans l'entrée. Un redbull n'est rien comparé à ce qui m'attendait.

Un joli petit paquet jaune matelassé gisait sur le sol. Mon nom était inscrit en lettres moulées au centre de l'enveloppe. Et dans le coin supérieur gauche, le noms des Sauveurs, des Messis, des Génis, des Surhumains, des Élus:

ARCADE FIRE
6600 Rue St-Urbain
Montréal, Qc
H2s 3G8

J'ai vite oublié les trois heures de sommeil qui me séparaient de la vieille. J'avais commandé leur album, impatiente de l'écouter, mais je n'avais pas osé espérer le recevoir avant sa sortie dans les disquaires!

Ce petit objet circulaire est la 8e merveille du monde.
Je suis complètement sous le choc.
J'ai envie de croire en Dieu.

Et à Osheaga, seigneur. Déjà que j'étais complètement bouleversée par l'incroyable performance du band new-yorkais The National, je suis tombée de 13 étages avec Arcade Fire. J'avais envie de pleurer du début à la fin de leur show. Ils ne peuvent pas exister. C'est impossible, un band de même.
Si un jour un dude ben smatt invente le tatoo audio, eh ben je me tatouerai tout le corps de leur musique. Avec quand même quelques centimètres carrés dédiés à Radiohead.








dimanche 25 juillet 2010

Une chambre à air et son dernier souffle

Mon vélo gémit depuis quelques jours. Ça me fend le coeur de le voir ainsi souffrir.
J'ai décidé de lui faire grâce de sortie, en le laissant reprendre des forces à la maison. Je l'ai nourri au bouillon de poulet et à la vitamine C, je l'ai bordé et lui ai souhaité un prompt rétablissement.
Durant ce temps, j'ai chevauché le bolide de ma mère. Qui a contracté une crevaison hier.
Je l'ai ramenée à bon port, en marchant à ses côtés, la larme à l'oeil et l'âme en peine.
Il a rejoint son compagnon blessé en expirant ses derniers centimètres cubes d'air.
Je me suis assise à leur chevet, j'ai éteint les lumières et j'ai espéré qu'ils s'en sortent.

Ce matin, pleine d'espoir, je cours retrouver les mourants et constate, avec la plus profonde tristesse qu'ils sont dans le même état critique.

Je suis maintenant dépourvue.

Les vélos sont des êtres en perte d'autonomie. Ils ont besoin de notre aide, de notre support, de notre amour.

En ravalant ma mélancolie, je suis descendue au sous-sol pour m'emparer de la trousse de chirurgien.
J'ai couché mon vélo sur le dos, je l'ai tâté, je lui ai jeté un dernier regard attendri et je me suis lancée.

Me voilà maintenant en sueurs, le toupet en l'air, les mains noires et graisseuses.
Mon vélo git toujours à mes côtés, branché sur le respirateur artificiel.

Je me vois donc dans l'obligation de considérer la dernière option : le transfert vers le privé.

mercredi 21 juillet 2010

Rigoler un brocoli

Ce soir, j'avais envie de prendre un bain et de ne manger que du brocoli.
Je n'avais pas du tout envie d'aller voir un spectacle d'humour.
Je n'aime pas les humoristes.
J'en viens à avoir mal aux muscles des sourcils à force de les froncer durant leurs prestations.
Rien de moins drôle qu'une blague répétée des centaines de fois afin que le tabarnack soit placé à l'endroit qui punch le plus.
Tant qu'à faire, lisez le derrière des boîtes de céréales ou ben les ingrédients de la soupe Lipton poulet et nouilles, pis ça va faire pareil.
Selon moi, on peut être plate de nature, ou ben drôle de nature. Si on met les gens drôles sur une scène, ils deviennent insignifiants. Les plates, eux, font les shows les plus intéressants.
Pis, criss. J'aime ben mieux avoir mal aux joues parce que j'ai passé une soirée trippante avec mes potes que parce que je me suis forcée à rire en même temps que tout le monde, aux moments clés du show, là où l'humoriste s'arrête, attendant de récolter ce que son public obnubilé lui doit.
Pis câlice. C'est ben trop un trip d'égocentriques, que d'être humoriste.
Pis c'est même pas de l'art.
C'est du divertissement.
Pour des gens de moins en moins capables d'apprécier la beauté toute simple des choses jolies.
Pour des gens qui veulent du plaisir instantané, facile, décompressant.


Je ne me suis donc pas allée voir de spectacle d'humour et j'ai mangé tout un brocoli.

La vie est bien faite.


lundi 12 juillet 2010

Les somnifères

Je n'ai pas écrit depuis un certain temps. Ce doit être parce que tout est tellement plus excitant. Ma tête est occupée avec des choses excitantes. Je préfère ma tête quand elle se comporte ainsi. Pas besoin de lui couper les ongles, elle carbure à 200 miles à l'heure. Je n'ai pourtant pas découvert de nouvelles substances et je ne suis pas en amour. C'est simplement que j'ai l'impression de tenir ma télécommande avec des gants anti-dérapants, le tout duct tapé à triple tour, avec un cadenas en stainless et velours-léopard. Il me faudrait cette impression 365 jours/année.
Même le jour de l'Halloween.
Le 31 octobre, il faut aller sonner chez les voisins pour qu'ils nous fassent peur et qu'ils nous donnent un sac de carries. Il serait préférable d'avoir des weekends de trois jours que de s'exciter pour cette fête. De toute manière, les sorcières n'existent pas et les citrouilles n'ont pas de dents. Les fêtes, c'est pour ceux qui s'ennuient. Pour ceux qui ont envie de célébrer et qui ne sont pas capables de s'inventer des raisons de fêter. On devrait leur donner un chapeau de fête coloré et leur dire "veuillez avancer vers l'arrière afin de céder le passage aux nouveaux usagers de l'autous". C'est plus sain et en plus, ça donne meilleure haleine.
J'ai envie d'écrire des niaiseries toute la nuit, de me déguiser en Gandhi, d'apprendre une phrase du Coran et d'en faire le hit rock de l'été. J'ai envie de faire le Tour de France en trottinette, de m'acheter une robe d'un grand designer, d'inventer une nouvelle recette de pâté chinois et de m'inviter dans une soirée à la SilverFactory.
Mais j'ai besoin de dormir. J'oublie toujours de faire cette chose.
C'est pour cela que tout est tellement plus excitant.
Pas besoin de revitalisant pour les cheveux épais pour dormir ni de iPod touch. Même pas besoin d'un passeport canadien pour dormir. Pas besoin de régime de retraite, pas besoin de savoir chanter. Pas besoin d'aller faire une visite à grand-maman. Pas besoin de sourire, ni de dire merci. Pas besoin d'avoir une belle carrière. Pas besoin d'aider, de donner, de se vouer à une cause. Pas besoin de comprendre. Pas besoin de se connaître. Pas besoin de s'épanouir. Pas besoin de rencontrer l'âme soeur. Pas besoin de réussir. Même pas besoin d'être heureux.
Et il y a les somnifères.
Les somnifères, c'est pour les plus coriaces.

lundi 21 juin 2010

Trajet de bus sans iPod

Constats du vendredi 25 juin, dans la 129 Côte-Ste-Catherine, iPod déchargé :

- Le monsieur à ma gauche (ressemblant fort à ce cher Wajdi Mouawad- beaucoup trop de "w" dans ce nom) lisait un document, bien concentré. À chaque phrase, il se tapait sur les cuisses ou soupirait ou fronçait les sourcils. J'adore les lecteurs expressifs.
- Il y avait aussi cette petite dame qui semblait faite en cure-dents. J'ai fermé la fenêtre craignant qu'elle se brise à cause des coups de vents. Le vent peut faire des catastrophes, on le sait bien.
- En face de moi, il y avait ce type bourré de tics. Déjà qu'un tic, ça tape s'é nerfs, 14, ça devient éprouvant pour la patience. Ce monsieur là, juste pour s'installer dans le but de lire son journal a dû passer sa main dans ses cheveux 15 fois, arranger le pli de son journal 10 fois, croiser puis décroiser ses jambes 5 fois, se râcler la gorge 12 fois, remuer son nez 30 fois, replacer son sac à ses pieds 8 fois et arranger ses lunettes une bonne vingtaine de fois. J'ai la fâcheuse habitude d'être incapable d'ignorer ce qui me tombe sur les nerfs. Je reste complètement boggée, incapable de passer à autre chose. J'ai donc passé une bonne dizaine de minutes à l'observer, probablement avec une expression pas trop chaleureuse dans la face, et en m'efforçant de ne pas pitcher son christie de journal par la fenêtre. Il a fini par sortir au coin de Mont-Royal et j'ai la certitude que pendant tout ce temps, il n'a sans doute lu que le gros titre de son article.
- Et enfin, il y avait ce mec. Je le croise toujours dans la 129. Quarantaine, yeux pâles, teint foncé. Criss. Jamais rien vu d'aussi sexy. À rester assis sur le banc, il est sexy. Et quand il lève les yeux pour regarder par la fenêtre, en fronçant légèrement le sourcil gauche... Fuck men. Impossible. Aujourd'hui, il bloquait l'accès à un siège au fond. Une dame voulait aller s'asseoir. Il ne l'avait pas vue. Lorsqu'elle l'a accosté pour passer, il s'est excusé et lui a souri. Il lui a souri. Fuck men fuck men fuck men. Paroxysme du sexyisme. Je l'aurais bouffé. Heureusement que j'avais des lunettes de soleil. Haha. Alors que je ne comprenais pas comment cela pouvait être possible, il sonne l'osti de cloche gossante pour descendre. Bing bang, la fille se réveille : C'est MON arrêt. Je confirme que sa démarche est aussi sexy que tout le reste.

On apprend autant dans un autobus que dans un cours d'anthropologie. Faut juste faire l'effort de délaisser son iPod, l'instant d'un trajet. Ça vaut vraiment la peine. Observer. On fait pas assez ça.

dimanche 20 juin 2010

Trois neurones

- C'est vraiment beau, hein, cte... heu... cte... ben ... la ... la haie ! C'est très beau.
- Ayoye. Ça s'est beaucoup amélioré ici, hein? La ... la haie là ! Wow. C'est vraiment beau, avec la haie.
- C'est très beau votre haie. Vraiment là, le heu... le... le jardin, c'est ça, le jardin... c'est vraiment beau, avec la grosse haie.
- As-tu fini l'école là, toi ?
- Pis, heu... toi... l'école est finie là, hein ?
- T'as fini l'école, toi là, c'est ça ?
- As-tu de l'école demain ?

...

La fête des pères... Avec grand-papa. Très sénile grand-papa. 3 neurones il a, le grand-papa. Fort agréable. Tous les soirs s'il-vous-plaît.


C'est tellement triste de régresser en vieillissant. C'est pas juste. Pourquoi ne devient-on pas tous de sages érudits lucides? Ça serait ben plus cool. La vie, ça devrait être comme l'animation : on arrête le jeu lorsque la courbe est à son peak. Sinon, à quoi ça sert, merde? Est-ce que ça vaut vraiment la peine de continuer à vivre pour avoir trois réflexions sur repeat toute la putain de journée?

Mes vingt ans goûtent très bon. Ce soir particulièrement.



dimanche 13 juin 2010

Processus et point final

Le résultat. Est-ce qu'on peut oublier un instant le résultat, s'il-vous-plaît, madame la Reine.
Ça peut tu pas être important, s'il-vous-plaît. Pour obtenir ce que l'on veut, il faut dire s'il-vous-plaît. Alors je le crie à vous en bouziller les tympans, madame : S'IL-VOUS-PLAÎT !
Le processus. Tout repose là-dessus. Une mouche se pose sur la jointure de mon auriculaire, la jointure repose sur le processus. Faut miser sur le processus. Les gamblers meurent jeunes. Les jeunes ont accumulé peu d'âge dans leurs boxers. L'âge ne s'accumule pas dans les boxers, mais bien dans les rides. Les esthéticiennes le disent. Elles nous badigeonnent la face de crèmes. Des crèmes pour ci, des crèmes contre ça. Des crèmes qui protègent, des crèmes qui préviennent, des crèmes qui hydratent, des crèmes qui nettoient, des crèmes qui assouplissent. Une couche, une autre, puis une autre. Ça devient tellement lourd qu'on en perd la tête.
Le processus, c'est tout. Si on arrivait à un résultat sans avoir vécu le processus, la satisfaction n'existerait pas. Et je veux qu'elle existe, s'il-vous-plaît. Je ne sais plus très bien si je m'adresse encore à cette Reine. De toute façon, qui c'est, elle ? Tiens, c'est décidé, je ne lui adresse même plus la parole. Je vais plutôt parler à Carole. Quel horrible prénom. Faudrait mettre du liquid paper là-dessus.
Faut pas, faut pas, faut pas. Faut pas avoir hâte de finir un truc pour obtenir le résultat. Le résultat, c'est souvent une friandise. Et les friandises, ça fond dans la bouche. Comme le foie de veau. Mais c'est différent.
Vivre le processus. S'en badigeonner la face. À en perdre la tête. Mais je sais qu'une sorte de scotch tape existe pour les gens qui perdent la tête. Un scotch tape sous forme de comprimés.
Un résultat, c'est un point final. C'est mal les points finaux. Faut que les projets évoluent sans cesse. Faut pas les ranger dans des boîtes, ni les considérer aboutis. Les relations, les créations, les idées. Faut pas.
Vivre le résultat, c'est comme Dolan qui s'exclame que la gang de Cannes est devenue sa famille. Criss. Ta gueule. T'es ben cute pis t'as du talent à en revendre sur le marché noir, mais ta gueule. Vis le processus, s'il-te-plaît. Madame la Reine, Carole, Xavier.
Voyez, mes cher amis, j'ai éprouvé un grand plaisir à écrire ce billet. Le processus fut agréable et surprenant, d'autant plus que The Black Keys jouait très fort tout au long de sa création et qu'un café chaud fumait à ma gauche. J'en garderai un doux souvenir. Parallèlement, je considère le résultat intéressant. Mais je ne le relirai jamais.
Madame la Reine, Carole, Xavier, restez debout et avancez. Il existe de très bons souliers de marche pour cela. Et pas sous la forme de comprimés, cette fois.